La data : fiabilité, cohérence, gouvernance — pas outils

La data est partout. Tableaux de bord, ERP, plateformes BI, outils de visualisation, indicateurs en temps réel… Jamais les organisations n’ont autant investi dans la donnée. Et pourtant, une question revient sans cesse dans mes échanges avec les dirigeants : Peut-on réellement se fier aux chiffres qui servent à décider ? Cette question, en apparence simple, révèle une confusion profonde : celle qui consiste à croire que la data est avant tout un sujet d’outils.

DATA

2/5/20262 min read

La data n’est pas un sujet technologique

Pour une direction générale, la data n’est pas un problème de logiciel. C’est un sujet de gouvernance.

Un chiffre présenté en comité, un indicateur partagé avec un partenaire, une donnée transmise à une instance externe n’est jamais neutre. Il engage l’institution :

  • dans ses décisions

  • dans sa crédibilité

  • dans sa cohérence interne

  • et dans son image externe

La vraie question n’est donc pas : « Quel outil utilisons nous ? »

Mais bien :

  • quelle donnée fait référence ?

  • dans quel périmètre est-elle valide ?

  • qui en est responsable ?

  • pour quel usage décisionnel précis ?

Tant que ces questions restent implicites, la multiplication des outils ne fait qu’amplifier les fragilités existantes.

Fiabilité : le socle invisible de la décision

Une donnée non fiable ne se contente pas d’être imprécise. Elle affaiblit la décision. Elle génère des débats stériles, des arbitrages fragiles, des remises en question à posteriori. Elle oblige les dirigeants à expliquer, justifier, corriger — parfois publiquement.

La fiabilité ne repose pas uniquement sur la qualité technique des systèmes. Elle dépend avant tout :

  • de définitions claires et partagées

  • de règles explicites de production et de validation

  • d’une traçabilité assumée

Une organisation mature n’est pas celle qui a le plus de données, mais celle qui sait expliquer d’où viennent ses chiffres et ce qu’ils signifient.

Cohérence : parler d’une seule voix

Dans les organisations complexes, il n’est pas rare d’avoir plusieurs chiffres pour une même réalité :

  • selon les directions

  • selon les outils

  • selon les usages

Ce phénomène n’est généralement pas le résultat d’erreurs, mais l’absence d’un cadre de cohérence institutionnelle. La cohérence ne signifie pas uniformité totale. Elle signifie que, pour un sujet stratégique donné, l’institution sait quelle version fait autorité, et pourquoi.

C’est un enjeu central pour :

  • les comités de direction

  • les arbitrages budgétaires

  • la communication institutionnelle

  • les relations avec les partenaires et évaluateurs externes

Parler d’une seule voix est un acte de gouvernance.

Gouvernance : clarifier sans alourdir

La gouvernance de la data est parfois perçue comme une contrainte supplémentaire, voire comme une bureaucratie inutile. C’est une erreur de perspective. Une gouvernance efficace de la donnée est :

  • simple

  • lisible

  • orientée usage et décision

Elle repose sur quelques principes essentiels :

  • un nombre limité de données réellement stratégiques

  • des rôles clairement identifiés (propriétaire, contributeur, utilisateur)

  • une articulation saine entre directions métiers et DSI

Il ne s’agit pas de contrôler davantage, mais de sécuriser la décision et de créer un cadre de confiance.

Les outils viennent après — et seulement après

Les outils sont indispensables. Mais ils ne résolvent jamais :

  • un désaccord de définition

  • une ambiguïté de périmètre

  • une responsabilité floue

Lorsqu’une gouvernance claire est en place, les outils deviennent de puissants accélérateurs :

  • ils facilitent la lecture

  • soutiennent l’appropriation

  • renforcent la prise de décision

En l’absence de gouvernance, ils ne font que rendre visibles des incohérences déjà existantes — parfois de façon brutale.

Conclusion : faire de la data un levier de gouvernance

Pour les dirigeants, la data doit être envisagée comme un instrument de fiabilité, de cohérence et de crédibilité institutionnelle.

Ce changement de regard est décisif. Il marque le passage :

  • d’une logique d’outillage

  • à une logique de pilotage et de gouvernance

La data ne crée pas la décision. Elle en sécurise les conditions.